Caractéristiques
principales :
.Le
contexte urbain:
.Un grand vide pincé aux angles
Vide essentiel dans le tissu complexe de la vieille ville, la place
se distingue par son accroche au système viaire par chacun de ses
angles. Le lieu se définit donc comme un vaste espace ouvert, tenu
et relié à la ville par ces quatre points stratégiques et néanmoins
ténus. C’est depuis les angles que se font les liaisons principales,
pincement d’autant plu problématique au nord-ouest où se déverse le
flot conséquent de piétons mêlé à la cadence régulière des tramways.
.Des
lignes de forces
La
définition des limites visuelles est la clé de la restructuration
de cet espace. Les façades sinueuses de la rue des Grandes-Arcades,
le côté nord de la rue de la Haute Montée, l’alignement en cintre
des bâtiments qui se glissent sous la Maison Rouge ainsi que des lignes
inversées des façades des Galeries Lafayettes d’une part, et de la
façade sud de la place Kléber d’autre part, constitue les lignes de
forces essentiellespour dessiner un projet fluide parfaitement accroché
à la cité. Cette relation entre la place et les façades linéaires
bien au-delà de ses limites actuelles, est un dialogue urbain à entretenir
afin de faire respirer le vide de la place.
.le
dialogue des âges
La
place constamment oscille entre son passé inachevé (projet Blondel),
son présent quelquefois controversé (la Maison Rouge) et son avenir
d’espace public paysager, poumon vert et urbain à la fois, fruit de
l’aspiration des citadins à une plus grande convivialité et à un contact
avec le végétal. Ainsi, devrait s’instaurer un dialogue à la fois
historique, populaire et parfaitement équilibré entre cet homme quelque
peu irréel qu’est l’Homme de Fer, le Général Kléber, le bâtiment historique
de l’Aubette, la Maison Rouge, empreinte d’une époque au même titre
que la vieille ville, et les citadins qui traversent l’espace.
.Le
projet
>
La place Kléber :
Forte
de son passé et de sa fréquentation, la place se compose à partir
de chacun de ses ingrédients, qu’il soit historique ou populaire,
héroïque, festif, militaire ou encore controversé. Avant tout, nous
voulons établir un dialogue entre le lieu et ceux qui le vivent, une
matière interactive où le piéton a une influence sur l’espace qu’il
traverse, ou le végétal émerge du minéral, ou l’eau s’insinue au gré
du temps qu’il fait et du temps qui passe et où la lumière, de jour
comme de nuit, dévoile, accompagne, exacerbe.
La
place se structure simplement au moyen de deux grandes plaques “tectoniques”,
du glissement desquelles sourd l’eau et d’où émerge le végétal. Ces
plaques constituent le dialogue des âges et répondent précisément
à l’influence du passé de la place : l’une pour l’Aubette qui par
sa forte présence architecturale nécessite une assise calée sur sa
géométrie, et l’autre pour la statue de Kléber qui s’étire sous l’abri
de la Maison Rouge et au pied de la façade nord. Un jeu de niveau
affecte ces deux espaces et tisse leurs liens communs, dévoilant d’autres
lieux au dessus desquels se propage le végétal en une lente progression
dans la diagonale de la place, depuis le végétal absent (angle nord-ouest)
vers le végétal ras, le végétal arbustif, le végétal presque nature
pour finir, quelques mois de l’année sur la pointe spectaculaire et
festive du grand sapin de Noël.
.Le
bassin saisonnier
A
la jonction des deux espaces ainsi créés, l’inclinaison ponctuelle
du sol permet de dégager une zone d’une profondeur variant entre 5
et 16 cm pouvant accueillir de l’eau. Le remplissage de cette surface
peut s‘effectuer par le recueil des eaux pluviales ou par alimentation
à la belle saison ou pour un événement particulier. Les autres périodes
durant l’année, cette surface asséchée traitée avec le même matériau
que les plaques reste praticable par les piétons.
.Plusieurs
matières végétales pour un paysage unique
La
toundra rase : Principalement liée à l’occupation ou non de certains
espaces par le public, la toundra rase envahira les joints laissées
entre les dalles de la plaque de l’Aubette, à condition bien sûr que
le public le lui permette. Plus l’espace sera circulé, moins elle
s’implantera. A l’inverse, dans les zones plus ignorées, la toundra
rase se développera au point de définir elle-même le partage de l’espace
entre le piéton et elle-même. Elle met en scène la limite, fluide
et imperceptible, entre l’espace minéral et l’espace végétal.
La
nébuleuse arbustive : Plus loin, appuyée sur une grande diagonale
(NO - SE), se développe une nébuleuse arbustive, qui transformera
l’espace, toujours entre début avril et fin mai, en un nuage de fleurs
blanches. De cette texture végétale changeante à reflets bruns en
hiver, très blanche au printemps, vert clair en été et rouge orangé
en automne émergera, souveraine, la statue de Kléber. La végétation
se développe grâce à des réservations laissées à cet effet dans le
revêtement. Elle se diffuse en progressant en volume et se densifiant
vers l’extrémité sud-est de la diagonale. La nébuleuse est un espace
végétal mouvant dans lequel on s’immerge.
La
forêt urbaine : L’espace situé entre le bord haut de la plaque-parvis
de l’Aubette et la façade Nord de la Place est traité en “Plein” en
opposition et en complément au vide central. Une densification obtenue
par la réutilisation des fosses remaniées et par la plantation supplémentaire
de sujets dans des émergences. Ainsi, appuyée sur la façade nord de
la place, créant une attirance visuelle et une tension forte entre
la rue de l’Outre et la rue de la Grange. La “forêt urbaine” émerge
de l’espace minéral comme si celui-ci se soulevait et rompait finalement
la surface. De ces grand monolithes en grès reconstitués fichés dans
le sol jaillissent les arbres. Condensé d’une forêt virtuelle, c’est
un espace plutôt sauvage, planté de conifères (sapin de Serbie) et
de feuillus (érable rouge et Katzuras) et tapissé des mêmes plantes
couvre-sol qui ont envahi la plaque de l’Aubette (Raisin d’Ours).
Les espaces entre chaque monolithe planté sont largement ouverts sur
la façade commerçante en quelque sorte projetés vers l’Aubette. Ce
sont des lieux de convivialité où peuvent se déployer les terrasses
de café, des aires de détente et de repos sous le couvert des arbres.
La
ligne floue des robiniers : L’angle de l’Aubette et de la rue des
Grandes Arcades est souligné par une ligne de petits arbres flous,
sous lesquels s’organisent la terrasse de la brasserie proche.
.Kléber
La
statue de Kléber associe l’espace dégagé de l’Aubette et le traitement
paysager dense côté nord. La découpe partielle de la dalle haute du
parking sur l’angle Nord-est du socle et remplacée par un vitrage
transparent met ao jour le cénotaphe de Kléber. Il n’est plus relégué
au milieu des places de stationnement met renaît aux yeux des passants.
Latéralement, côté Sud, l’eau peut venir temporairement caresser le
socle et subitement, lui donner une autre qualité.
Les
kiosques
Les
kiosques existants sont remplacés par des pavillons plus ouverts sur
leurs côtés. Positionnés près de la ligne du tramway le long de la
diagonale des déplacements principaux, ils articulent le passage entre
les deux places. De forme simple, leur richesse provient de leur aspect
radicalement différent entre le jour et la nuit. En période diurne,
chaque volume se dédouble verticalement et laisse apparaître les transparences
vers les points de vente transparents. La nuit, le volume se referme.
Des failles extrudées dans les parois laissent filtrer alors une lumière
diffuse et chaude provenant de l’intérieur telles deux lanternes magiques.
>
La Place de l’Homme de Fer :
La
complexité des fonctions et la multiplicité des usages parfois contradictoires
rend difficile la cohabitation entre les transports en commun, l’accès
des automobiles dans le centre et au parking souterrain et le transit
des piétons. Ce lieu névralgique est devenu un lieu de correspondance
surfréquenté. Aussi, voulons nous par l’aménagement de cette place
tenter de résoudre les conflits d’usage et de déplacement, mettre
en valeur la qualité de la statue de l’Homme de Fer, rendre la perception
de l’espace plus structuré et plus convivial. Les objectifs se matérialisent
ainsi par :
- Le déplacement de la trémie de l’entrée au parking souterrain vers
l’extrémité de l’impasse rue Thomann permet d’agrandir l’espace des
stations de tram. Le décalage de la voie située latéralement à la
trémie actuelle dégage une emprise au sol supplémentaire à la terrasse
de la brasserie et un élargissement du trottoir désengorgeant le flux
des piétons à cet endroit. (en option)
-
la suppression de la terrasse haute et de l’escalier en béton d’accès
au bar “Le Waikiki”. Un escalier aménagé côté rue du Jeu des Enfants
permet l’accès au bar. Cette démolition permet d’élargir les limites
de l’espace de la Place et d’obtenir un apport d’éclairage naturel
supplémentaire pour les vitrines des commerces situés au rez de chaussée
des immeubles (proposition soumise à l’accord des copropriétaires
de la tour Stoskopf). L’espace ainsi libéré permet de planter, en
pleine terre un cèdre majestueux en rapport avec la verticalité de
la tour.
-
le décalage des bornes d’informations situées sous la verrière de
la station du tram sur l’emprise des deux arbres chétifs supprimés
dégage un espace supplémentaire au droit des quais et assure une entrée/sortie
plus facile aux rames.
-
le positionnement et le regroupement de mobilier urbain, comme par
exemple, des bancs supplémentaires ou les bornes de compostage sous
l’emprise de la couronne rationalisent les déplacements des utilisateurs
du tram.
-
la suppression des emmarchements en sifflet par la création d’une
pente homogène assure la continuité physique du sol et réduit les
chutes éventuelles des piétons.
-
l’installation sous la verrière à environ 4.50 m du sol d’une structure
annulaire horizontale fixée sur l’ossature existante rééquilibre l’échelle
de la rotonde. La végétalisation de ces éléments horizontaux par des
glycines et la pose d’une ossature métallique autour de l’ascenseur
d’accès au parking et recouverte de vigne vierge aux couleurs automnales
spectaculaires apporteront un cachet certain.
-
l’installation d’un seul type de revêtement de sol (dalles béton 50
x 50) assure la continuité nécessaire du sol continu entre la place
de l’homme de fer et l’espace situé vers la rue du jeu des Enfants
et la rue du Fossé des Tanneurs permettant un meilleur passage des
piétons de la voie automobile qui traverse ces deux espaces.
.La
rue du 22 Novembre
Le
déplacement de la trémie de sortie du parking souterrain vers l’angle
de la rue de Grange permettrait de requalifier cette portion de la
rue du 22 Novembre. La lisibilité du partage de l’espace entre véhicules
et piétons serait plus évidente. Un réaménagement paysager partiel
de ce tronçon tenant compte entre autre des terrasses de certains
commerces offrirait une qualité d’usage bien supérieure. Ce déplacement
de trémie et la piétonisation complète de manière comparable au début
de la rue augmenterait le flux des piétons dans la rue de la Grange
et le passage couvert de la rue du 22 Novembre et de fait aurait un
impact positif sur ces deux passages.
.
L’Aubette
Souffrant
d’une image et d’un fonctionnement en inadéquation avec sa situation
privilégiée et ses qualités urbaines et architecturales, la réhabilitation
de cet édifice doit être l’occasion d’un réflexion plus large que
sa simple mise en sécurité. Aussi, l’objectif est de revaloriser et
de revitaliser cet îlot enclavé par la requalification et l’ouverture
de la cour de l’Aubette vers la Place Kléber et la rue de la Haute
Montée. Un atrium vitré couvrant la cour, l’ouverture de commerces
sur le cœur de îlot, le réaménagement intérieur de l’Aubette abritant,
par exemple, des sièges d’institutions européennes ou d’équipements
publics proches des Strasbourgeois requalifieront cet ensemble qui
aujourd’hui n’est qu’une façade. De nouveaux espaces et de nouveaux
usages pour offrir à la ville un lieu d’activités en son centre.
.L’éclairage
et mobilier
Notre
proposition vise à limiter les contrastes en offrant un bon équilibre
entre éclairement horizontaux et éclairement verticaux. Cette harmonie
permet une parfaite perception des visages, gomme les ombres dures
et évite les effets dramatiques produits par le silhouettage de personnages
se détachant sur un fond clair. Pour cela, nous proposons un principe
s’appuyant sur un éclairage indirect de la place. Ce point majeur
du projet prend la forme de deux grands mâts, situés le plus loin
possible de l’Aubette, au bord du bassin. Ils ont pour but de fournir
une lumière d’ambiance généreuse tout en restant d’un confort visuel
absolu. Le bassin rempli et l’épaisseur de la dalle du parvis de l’Aubette
sera rendu particulièrement attractif par des appareils fluorescents
immergeables intégrés à la construction. Ils formeront une ligne continue
pour une quantité d’appareils limitée et pourront être synchronisés
selon les différents usages de la place. L’éclairage public des espaces
piétons environnants, sera traité par des candélabres dont l’esthétique
joue sur la transparence et l’immatérialité. Ces luminaires fournissent
une lumière douce et enveloppante tout en apportant une fonction de
marquage urbain très présente. Des bornes basses, antivandales, pouvant
servir d’assise ponctuelle délimiteront le contour du bassin et de
la partie centrale. Elles baliseront également la voie du tram et
formeront un lien visuel de chaque côté des voies. Entre les blocs
végétalisés, de petits luminaires d’orientation fourniront un complément
et un guidage visuel. Des appareils encastrés dans les blocs éclaireront
la végétation. Ils seront équipés de source de couleur différentes
selon la nature des arbres. Iodure teinte froide pour les conifères,
Iodure teinte chaude pour les feuillus et sodium pour les érables
pourpres. Les kiosques seront animés par une lumière intérieure perdurant
après la fermeture. Simplement traités par des lignes fluorescentes
dissimulées dans les façades des constructions. Ce principe permettra
de maintenir une vie à ces éléments. Sur ce même principe, les grilles
des trémies de ventilation du parking seront éclairées du dessous,
simulant une lumière de fuite provenant du niveau souterrain. L’éclairage
festif pourra le cas échéant prendre place sur les grands mâts, dimensionnés
pour recevoir des câbles tendus, sur lesquels il sera possible d’accrocher
des motifs. L’éclairage de l’Aubette récent est conservé en l’état.
.Place
de l’Homme de fer
Les deux supports existants seront récupérés, mais les lanternes d’éclairage
public seront remplacés au profit d’un système similaire à la Place
Kléber. La cohérence d’ensemble sera poursuivie par l’adoption de
bornes et de candélabres identiques. Les encastrés de sol actuellement
posés en sous-face de la couronne centrale seront conservés. La cage
d’ascenseur vitrée sera éclairée mettant en contre jour la végétation
destinée à l’habiller. L’Homme de Fer se détachera enfin, grâce à
un projecteur intensif installé au pied.
Maître
d'ouvrage :
Le Ville de Strasbourg - Direction de l'Architecture de la Construction
et du Patrimoine.
Montant
prévisionnel de l'opération :
2 500 000 €
Réalisation
: Concours
annulé